Pourquoi l’Erythrée se dit prête à saisir la main tendue de l’Ethiopie

Posted on Jun 21 2018 - 8:06 by Editor

Le Monde Afrique

20 Juin 2018

Après dix-huit ans de « guerre froide », le président Issayas Afeworki a annoncé l’envoi d’une délégation à Addis-Abeba pour discuter de la paix.

Le président érythréen, Issayas Afeworki, à Khartoum, au Soudan, en juin 2015.

Si c’est un pas, c’est un pas de géant. Le président érythréen, Issayas Afeworki, a annoncé, mercredi 20 juin, qu’à Asmara aussi l’idée de discuter les termes d’une paix avec l’Ethiopie avait fait son chemin. Une délégation érythréenne se rendra donc dans les prochains jours à Addis-Abeba « pour évaluer directement et en profondeur les développements actuels et pour établir un plan en vue d’une action continue à l’avenir ». C’est-à-dire, en clair, répondre à l’offre faite le 5 mai par le nouveau premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, d’appliquer dans sa totalité l’accord d’Alger signé à la fin de la guerre entre Asmara et Addis (1998-2000).

Pendant dix-huit ans a régné entre l’Ethiopie et l’Erythrée un état baptisé, faute de mieux, « ni paix ni guerre », qui a considérablement handicapé le développement des deux pays et perturbé leurs voisins, en raison de pratiques s’apparentant à une forme de guerre froide, à travers le soutien à des groupes armés dans les pays de la région, ou un appui à leurs opposants respectifs, parfois de façon militaire. Cette tension de presque deux décennies a été traversée par des bouffées de violence, notamment lors d’incidents le long de la frontière, demeurée litigieuse malgré les indications de délimitation proposées par une commission indépendante à la demande des belligérants dans le cadre des accords d’Alger.

La délégation érythréenne qui se rendra à Addis-Abeba ne va ni faire la paix, ni délimiter la frontière. Elle aura pour mission de préparer le voyage hautement symbolique du premier ministre, Abiy Ahmed, à Asmara. Ensuite seulement pourront avoir lieu des gestes concrets, comme le retrait des troupes éthiopiennes de Badmé, le village où la guerre avait commencé, devenu point émotionnel national et qui doit être, selon les conclusions de la commission frontalière, concédé à l’Erythrée.

 

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