La « Chinafrique » s’implante à Djibouti

Posted on Feb 23 2016 - 7:06 by ct2000
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Planette Business 11 Feb 2016

Djibouti est une porte d’entrée stratégique pour le commerce international et noue à ce titre de plus en plus de partenariats avec la Chine. Une dépendance qui fait courir au pays de la Corne de l’Afrique le risque d’un ralentissement économique calqué sur celui de la Chine.

La position stratégique de Djibouti, à l’intersection de la mer Rouge et du golfe d’Aden, présente de nombreux avantages en termes militaires, bien sûr, mais également économiques. Ce petit Etat de la Corne de l’Afrique attire ainsi de nombreux investisseurs et multiplie les partenariats avec l’étranger. Dernière prise en date : Pékin ; à moins que ce ne soit l’inverse. Djibouti serait-il tombé dans l’escarcelle de la Chine, qui cherche depuis plusieurs années à s’implanter en Afrique ?

Favoritisme économique pro-chinois

Le président de la République djiboutienne, Ismaël Omar Guelleh, vient d’annoncer une série de mesures économiques pour faciliter l’implantation d’investisseurs chinois à Djibouti. La première porte sur l’établissement d’une zone franche de 48 km² qui servira de plate-forme de transbordement pour le commerce Chine-Afrique. Un deuxième accord entérine le rôle du petit Etat comme nouveau hub facilitant le transport maritime sur toute la façade de la mer Rouge, en particulier pour permettre l’acheminement de denrées chinoises vers l’Europe. Enfin, un cadre légal verra prochainement le jour pour favoriser l’arrivée de banques chinoises dans le pays, grâce, notamment, à la création d’une chambre de compensation qui permettra de « ne pas perdre de devises dans les échanges avec la Chine » selon le communiqué officiel.

A ces trois accords économiques s’ajoute un accord de taille sur la construction d’une base militaire chinoise. Xi Jinping, le président chinois, et Ismaël Omar Guelleh sont tombés d’accord en novembre dernier et les travaux viennent tout juste de débuter. La première base militaire chinoise permanente sur le continent verra le jour à la fin de l’année 2017. Un projet qui, selon les affirmations du ministère des affaires étrangères chinois, est censé permettre à la Chine de reprendre ses activités anti-piraterie, stoppées depuis 2008. « La Chine envoie des escortes navales dans le golfe d’Aden, et dans les eaux somaliennes. La question de leur ravitaillement en nourriture et en carburant s’est posée. Nous sommes parvenus à un consensus avec le gouvernement de Djibouti pour disposer d’un soutien logistique pour nos escorteurs ». Un but louable qui en cache pourtant d’autres : la Chine compte près d’un million de ressortissants et nombre d’investisseurs en Afrique, qu’elle entend protéger grâce à sa présence dorénavant permanente sur le continent. Le pays ne perd pas non plus de vue le développement de l’Etat voisin, l’Éthiopie, avec lequel elle compte approfondir ses relations.

Avec 10 000 militaires chinois déployés sur sa base, Pékin risque sérieusement de concurrencer les puissances déjà présentes : France, États-Unis et Japon. Les Américains ne disposent par exemple que de 4 000 militaires en poste à Djibouti, et la France à peine 2 700 hommes. Une garnison qui coûte chaque année aux États-Unis et au Japon 30 millions de dollars, et 30 millions d’euros à la France. Quant à la Chine, elle ne paie… rien.

Certains Etats africains paient très cher leur dépendance à la Chine

La dépendance économique – et, dans une moindre mesure, militaire – qui se dessine pourrait coûter cher à l’Afrique. Le ralentissement de la croissance chinoise, passée sous la barre des 7 % l’an dernier, a eu un retentissement quasiment immédiat sur le continent. « La Chine est un grand consommateur de minerais africains, explique Assouan Philippe Djemis, analyste en stratégie et en développement pour le cabinet ivoirien PKD Conseil à Shanghai. Quand la Chine réduit sa consommation de produits dérivés, cela a un impact direct sur les économies des pays du continent. Certains Etats sont déjà fragilisés par la chute des cours du pétrole, du cuivre et du manganèse. Ils payent très cher leur dépendance à la Chine. »

Alors que des affrontements meurtriers se sont déroulés en décembre dernier entre des civils et les forces de l’ordre à Buldhogo, en périphérie de la capitale de Djibouti, il est surprenant de voir Ismaël Omar Guelleh accorder autant d’importance à ses partenariats chinois. Le chef de l’État, qui se présentera à la présidentielle d’avril prochain en vue de briguer un quatrième mandat consécutif, continue de bafouer la liberté de la presse et d’expression dans son pays. Un pays dont on savait déjà qu’il était le bastion du clan Guelleh, et qui devient à présent un foyer de la Chinafrique.

Source: http://www.planete-business.com/2016/02/11/la-chinafrique-simplante-a-djibouti/

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