Djibouti : arrestations et massacres se succèdent

Posted on Jan 15 2016 - 2:55 by ct2000
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Mediapart 12 janv. 2016

A Djibouti l’élection présidentielle approche et le pays entre dans la période la plus sombre de son histoire récente – « démocratique » – pourraient dire les plus cyniques. Car la démocratie n’est qu’un mot pour le président-dictateur Ismaïl Omar Guelleh.


Ismail Omar Guelleh

Ismail Omar Guelleh

Seul le maintien au pouvoir compte et pour y parvenir, la clique présidentielle est prête à toutes les arrestations et même à se livrer à des massacres comme celui du 21 décembre dernier.

La longue liste des victimes d’Omar Guelleh ne cesse de s’allonger. A mesure que le scrutin présidentiel approche – il aura lieu en avril 2016 – le pouvoir fait tout pour terroriser une population appelée à se prononcer quant à l’avenir du pays. Un citoyen qui a peur est un électeur qui « vote bien ». C’est du moins la pensée d’un président Guelleh qui brigue un quatrième mandat consécutif. Et il faut avouer que cette stratégie a de grandes chances d’être couronnée de succès. Aujourd’hui, quatre membres de la coalition d’opposition Union pour le salut national (USN) sont en prison ou sous le coup de procédures judiciaires.

Personne ne sait aujourd’hui qui pourra porter les couleurs de l’opposition dans quatre mois, mais à force de réduire l’opposition au silence et à truquer la machine électorale, Omar Guelleh pourrait être le seul en lice et obtenir un score soviétique comme lors du scrutin de 2011 ou selon les chiffres officiels, 94 % des bulletins se sont portés sur son nom. Malheureusement, plus l’objectif se rapproche, plus les violences se déchaînent contre l’opposition démocratique. Comment lutter contre un régime qui prétend être démocratique et qui use autant de violences contre une opposition qui n’appelle qu’au respect des droits de l’homme ? L’équation est insoluble et pourrait aboutir à des coups de force pour répondre à un régime qui a perdu les pédales. Cela n’est pas souhaitable, mais serait plutôt logique car aucun peuple ne peut accepter sa mise au pas sans combattre.

Ceux qui ne peuvent plus se battre sont les 27 morts tombés sous les balles de la police le 21 décembre 2015. Plusieurs centaines d’opposants s’étaient réunis dans le calme à Balbala avant d’être pris à partie par les « forces de l’ordre » dans ce qui est finalement un guet-apens mortel. Le pouvoir ne reconnaît que sept morts dont une fillette de six ans. On tue, on minimise le nombre de morts et on sous-entend après que la sécurité de l’Etat était menacée. Tout est permis dans le monde sanglant d’Omar Guelleh. Et pour être certain de ne pas être réprimandé par la communauté internationale, il fait en sorte de donner la publicité la moins grande possible aux événements sanglants qu’il déclenche. Ainsi, le militant de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) Ali Omar Ewado a été arrêté après avoir rendu visite à un député de l’opposition qui a subi les foudres du régime à Balbala. Militants des droits de l’homme, opposition, journalistes non corrompus, tous ceux qui ne marchent pas dans la droite ligne tracée par Omar Guelleh sont écartés par la force et la terreur.

Bientôt, seule la diaspora sera en mesure de rapporter les méfaits d’un régime devenu fou et destructeur. Une diaspora qui n’a que le pouvoir de dénoncer le plus fort possible la dérive d’un pays qu’elle aime pourtant de tout son cœur.

Source: https://blogs.mediapart.fr/freedjib/blog/120116/djibouti-arrestations-et-massacres-se-succedent

 

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