Djibouti : à l’approche de la présidentielle, l’opposition tire la sonnette d’alarme

Posted on Sep 17 2015 - 6:47 by ct2000
Categorized as
Non classé
793

drapeaurouge.fr 16 Septembre 2015

Guelleh

Deux ans à peine après les émeutes qui avaient fait plusieurs morts à Djibouti à la suite des élections législatives, l’élection présidentielle qui se tiendra en 2016 risque de provoquer de nouveau son content de remous. L’accord-cadre sur le dialogue politique signé en décembre 2014 entre le Président Guelleh et l’opposition n’a pas abouti aux réformes et à l’ouverture escomptées. L’opposition, regroupée sous le nom d’ « Union pour le salut national » (USN) considère comme un « minimum » l’application de l’accord-cadre, faute de quoi elle pourrait cette fois encore boycotter le scrutin.

« On est toujours méfiant avec un régime qui a pris tellement d’engagements sans en honorer aucun »

Ahmed Youssouf, président de l’USN, dénonce la non-application de l’accord-cadre. Signé après les émeutes de 2013 – le refus de Guelleh de reconnaître ce que l’opposition considérait comme une victoire aux élections législatives avait entraîné un soulèvement violent – cet accord-cadre prévoyait notamment la réforme de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), pour la rendre crédible. Les deux parties devaient travailler ensemble sur la question de l’élection présidentielle de 2016 au sein d’une Commission paritaire. Mais elle n’a jamais vu le jour. « On est toujours méfiant avec un régime qui a pris tellement d’engagements sans en honorer aucun ! Mais comme nous tenons par-dessus tout à maintenir la paix sociale et ne rien ajouter au sort tragique de la population, nous restons ouverts à la recherche d’un compromis. Nous y sommes d’autant plus attachés qu’on sait quand commence la confrontation mais on ne sait pas où elle s’arrête. »

Les réformes institutionnelles nécessaires pour un meilleur fonctionnement de la démocratie à Djibouti se font donc toujours attendre, tandis qu’arrive l’échéance électorale de 2016. Le Président Guelleh pourrait d’ailleurs modifier la Constitution une seconde fois, la première révision datant de 2010, pour lui permettre de briguer un quatrième mandat consécutif. La confiscation du pouvoir par le clan Guelleh mine le pays depuis 1999, date de la première élection du chef d’État. Aucune structure démocratique n’existe réellement pour faire contrepoids à cette main-mise : dans le dernier classement de Transparency International (chiffres 2010), le petit pays de la Corne de l’Afrique atteignait péniblement 29% en termes d’État de droit et 14% pour les structures d’expression et de responsabilité du gouvernement.

Entreprise familiale

Le Président Guelleh s’est assuré les plein pouvoirs tant sur la politique que sur l’économie du pays en plaçant aux postes stratégiques des membres de sa famille. A commencer par l’entreprise publique Électricité de Djibouti (EDD), dirigée par Djama Ali Guelleh, un cousin de Guelleh. Un des demi-frères du chef de l’État est quant à lui directeur général d’une autre entreprise clef : Port de Djibouti SA. Un poste déterminant compte tenu de la position géostratégique de Djibouti à l’entrée de la mer Rouge. L’économie djiboutienne repose en grande partie sur ses activités portuaires depuis que le pays est devenu la plaque tournante trans-régionale du trafic de transbordement.

Le cercle plus restreint est tout aussi influent. Les deux filles du Président occupent des postes à haute responsabilité dans le secteur privé comme public: Fatouma-Awo, l’aînée, est femme d’affaires, et Haibado, conseillère du chef de l’Etat. Leur mère, Kadra Mahamoud Haïd, fait aujourd’hui plus figure de vice-présidente que de première dame.

L’enrichissement personnel du clan Guelleh ne s’arrête pas là. La Bred détiendrait ainsi aujourd’hui à Djibouti 550 créances « douteuses » – comprendre qu’elles ne seront jamais remboursées. Certaines sont directement allées aux enfants de Guelleh. 3,5 millions d’euros ont ainsi été accordés à une société de construction qui devait être créée par sa fille Fatouma-Awo, mais n’a finalement jamais vu le jour.

L’opposition a d’ores et déjà annoncé qu’il n’y aurait pas d’élection en 2016 dans le pays sans une commission électorale nationale indépendante crédible. Mais Ahmed Youssouf a conscience que la réforme des institutions est un processus long. « Il y a les questions immédiates, il y a les questions un peu longues : le changement dans les institutions, la décentralisation, les statuts des partis politiques, la garantie des aller-venues et la liberté de s’exprimer dans les médias nationaux, à savoir la télévision, la radio, les journaux, chose dont nous sommes tous privés, tout le temps privés. » Pour l’heure, l’USN essaie d’alerter l’opinion internationale sur les enjeux de la prochaine élection présidentielle et des risques pour la stabilité politique du pays.

Source: http://www.drapeaurouge.fr/2015/09/16/djibouti-a-lapproche-de-la-presidentielle-lopposition-tire-la-sonnette-dalarme/

About the Author