À Djibouti, des fonds chinois pour construire la plus grande zone franche d’Afrique

Posted on Jul 11 2018 - 8:22 by Editor

jeuneafrique

11 Juillet 2018

L’autorité portuaire djiboutienne et ses actionnaires de China Merchant Group (CMG), ont inauguré, le 5 juillet, la Djibouti Free Trade Zone (DIFTZ), qui doit devenir, d’ici à 2028, la plus grande zone franche d’Afrique et nécessitera un investissement global de 3,5 milliards de dollars.

Les Républiques de Chine et de Djibouti viennent de cimenter un peu plus leur partenariat économique. Un an après l’ouverture du Doraleh Multi-Purpose Port (DMPP), l’autorité portuaire djiboutienne et ses actionnaires de China Merchant Group (CMG) – qui la détiennent à 23,5 % -, ont inauguré le 5 juillet la Djibouti Free Trade Zone (DIFTZ), située juste de l’autre côté de la baie.

Aux 580 millions de dollars (516 millions d’euros) investis en 2017 pour le DMPP, s’ajoutent donc les 370 millions nécessaires à la réalisation de la première phase de 240 hectares de ce projet pharaonique. La DIFTZ doit en effet devenir, d’ici à 2028, la plus grande zone franche d’Afrique avec une superficie de 4 800 hectares, pour un investissement global de 3,5 milliards de dollars.

21 entreprises engagées à créer 12 000 emplois

En levant le voile sur la DIFTZ, les autorités djiboutiennes confirment un peu plus leur volonté de faire du pays un hub logistique à vocation sous-régionale. Comme un symbole de cette ambition, Ismaël Omar Guelleh, le président djiboutien, avait invité ses homologues rwandais, somalien et soudanais, ainsi que le Premier ministre éthiopien, à venir avec lui couper le ruban « de ce formidable outil de développement au service de l’Afrique de l’Est ».

À Djibouti même, la DIFTZ pourrait bien lancer « la phase d’industrialisation du pays », selon un responsable de la banque centrale, en apportant de la valeur ajoutée aux marchandises qui transitent dans ses ports. 21 entreprises, aux trois quarts chinoises, se sont déjà engagées à s’installer dans les prochaines semaines. Présentes dans les secteurs de l’agro-alimentaire, des pièces automobiles, du textile ou de l’emballage, elles devraient créer 12 000 emplois – une première étape dans un projet global annoncé comme porteur de 350 000 emplois.

En échange, les investisseurs étrangers bénéficieront d’exemption d’impôts sur les revenus et les sociétés, « ainsi que de toute une série d’avantages et de services capables d’attirer les entreprises du monde entier », précise Aboubaker Omar Hadi, le président de l’Autorité djiboutienne des ports et des zones franches (DPFZA), actionnaire à hauteur de 60 % de la DIFTZ, avec CMG (30 %) et le port chinois de Dalian (10 %).

Un second terminal attendu pour 2020

Depuis 2006 et l’arrivée du premier terminal pétrolier, le pays n’a cessé de développer ses infrastructures portuaires et logistiques. Avec l’aide des Émiratis de DP World d’abord, qui construisent et opèrent à partir de 2009 le Doraleh Container terminal (DCT). Avec celle des Chinois de CMG ensuite, actionnaire de l’Autorité portuaire depuis 2013. La relation avec le groupe chinois est même devenue exclusive depuis la décision, prise unilatéralement en février par Aboubaker Omar Hadi, de résilier le contrat de concession accordé à DP World. Affranchi depuis d’une tutelle pesante, qui interdisait au pays toute construction de nouvelles installations portuaires, Djibouti a accéléré le mouvement.

Déjà en 2017, en plus du DMPP, la petite République avait réceptionné les ports décentralisés de Tadjourah et du Goubet. Et au début de l’année, la liaison ferroviaire avec Addis-Abeba a enfin démarré ses services. Près de 90 % de tous les échanges commerciaux liés au marché éthiopien passeront par cette ligne, soit plusieurs centaines de milliers de tonnes de marchandises chaque année. Et ce n’est qu’un début.

Bien décidé à saisir l’opportunité que lui offre sa situation géographique, entre les biens de consommation chinois et les matières premières africaines, Djibouti prévoit déjà la construction d’un second terminal à conteneurs, pour 660 millions de dollars. Attendu pour 2020, le Doraleh international Container terminal (DICT) pourra traiter 2,4 millions d’Equivalents vingt-pieds (EVP) chaque année.

Damerjog, un chantier à suivre

Après avoir développé le pourtour de la baie située au nord de Djibouti-ville, les autorités du pays, toujours avec l’appui financier de CMG et de ses partenaires chinois, regardent maintenant le Sud, en direction de la Somalie. Le site de Damerjog doit abriter à moyen termes un ensemble de ports, pétrolier et gazier, minéralier, ainsi qu’un quai polyvalent et un terminal à bétails, le tout pour un investissement dépassant les 4 milliards de dollars. La DPFZA entend même moderniser le vieux port pour y construire une marina qui accueillera les bateaux de croisière.

Même si l’endettement du pays a sérieusement augmenté ces dernières années, pour atteindre 80 % du PIB en 2017, les bailleurs restent confiants. « Djibouti dispose des infrastructures dont le pays a besoin pour desservir son hinterland », estime la représentante locale du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud).

La queue des navires dans la baie de Tadjourah et les terminaux à conteneurs engorgés sur Doraleh, montrent l’intérêt grandissant pour Djibouti et ses ports. « Les quais ne désemplissent pas », confirme Abdillahi Adaweh Sigad, le patron du DCT. Dernière arrivée en date, la compagnie maritime singapourienne PIL a démarré ses rotations en mars depuis l’Asie. À raison de deux escales hebdomadaires, elle prévoit d’apporter un trafic annuel de 300 000 EVP. Beaucoup d’autres opérateurs maritimes et portuaires cherchent à s’implanter dans le port, voire même à se faire une place dans son conseil d’administration, comme la CMA-CGM entrée en avril à hauteur de 15 % dans le capital du futur DICT.

 

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